SCIENCES HUMAINES
Les sciences ont, de façon générale pour objet de dégager des généralités récurrentes, de définir des concepts. Les lois et les systèmes commencent toujours par la reconnaissance des rapports préexistants pour s’en écarter insidieusement et poser des absolus a priori, ce que Kuhn appelle des « paradigmes ».

Une vision mécaniste, causaliste, de l’environnement, semblait hier encore tout à fait concevable pour tous les domaines, mais elle ne l’est plus de nos jours. Un consensus s’est donc dégagé pour introduire une science expérimentale qui tout en s’intéressant aux phénomènes qui touchent à l’humain (psychologie, perception, cognition …) ou aux groupes d’hommes (sociologie, histoire, géographie, etc.) n’utiliserait que des paramètres qu’on ne saurait déduire d’un ensemble de phénomènes. Les sciences humaines se sont dégagées pour, prudemment, défricher le terrain de l’imperceptible, de l’immensurable, en se contentant de faire référence à la connaissance du moment.

On découvre alors qu’il existe une sorte de réalité « indépendante », c’est-à-dire qui ne peut être appréhendée en l’état actuel de nos outils d’observation sensibles et conceptuels. Cette « métaréalité » n’appartient pas aux domaines étudiés par la science, et, bien qu’influant notre quotidien, elle ne saura jamais se rendre perceptible. On élabora ainsi plusieurs théories cognitives pour déchiffrer et balayer l’espace qui va du perçu à l’intelligible au connaissable : comment passe-t-on du phénomène à l’objet, de l’observation à la déduction de lois générales ? Si la connaissance interroge les phénomènes, elle interroge peut-être surtout, à travers eux, notre vision du monde, c’est-à-dire les relations entre un « sujet » et un « objet ». Les sciences humaines mesurent donc la dimension de l’esprit humain et prennent le pas sur des réflexions auparavant dévolues à la philosophie.